RÉSUMÉ DU SPECTACLE

Création début 2028

Le Labyrinthe invisible est un spectacle théâtral pour 200 personnes et plus, où se mêle récits, scènes dramatiques et participation du public.
À travers l’histoire de gamers de générations différentes et de leur avatars, pris entre la vie réelle et le virtuel d’un jeu vidéo, la pièce interroge ce qui fait et pourrait faire commun à l’ère de la post-vérité.
Le spectacle associe acteurs professionnels, spectateurs-joueurs ou guests dans une expérience où la participation est un élément central de la dramaturgie, pour faire récit ensemble.

De la dystopie à l’utopie
La pièce prend place dans un monde marqué par la connexion permanente, la confusion entre le vrai et le faux, l’affaiblissement de l’intérêt général au profit des intérêts particuliers, mais aussi par une fatigue collective, la solitude, la colère, l’intolérance et le cynisme.
Elle interroge ce qui nous reste de commun dans un monde où notre rapport à la réalité se transforme, traversé par les univers virtuels et l’intelligence artificielle. Elle questionne l’érosion ou la transformation de certains idéaux – vérité, justice, égalité –, l’évolution des liens familiaux et professionnels et les effets de ces mutations sur notre psychisme et notre individualité.
Mais Le Labyrinthe invisible ne se situe pas seulement dans la dystopie. Il cherche les chemins qui permettraient d’en sortir : comment réinventer des formes de solidarité, d’engagement et de résistance ? Comment faire dialoguer réel et virtuel pour ouvrir de nouveaux imaginaires et retrouver une puissance d’agir collective ?

Pitch
Elio est un collégien de 14 ans. Il vit chez son père qui, souffrant d’une malade psychique, s’absente pour se soigner. Elio est alors gardé par Simone, sa grand mère. Il rêve de pouvoir sauver son père.
Greg est divorcé et père de deux filles qu’il voit un WE sur deux. Ancien syndicaliste, il vient d’être licencié de son emploi pour apologie de la grève.
Pour échapper à leur monde anxiogène, l’un et l’autre jouent à des jeux vidéo, dont Le sorcier de Zurita, un jeu de rôle en ligne. Dans un moyen-âge inventé, Elio joue la magicienne Alma, Greg, le Vieil Assassin : des mercenaires dont la quête consiste à sauver les habitants du village de Zurita des maléfices d’un obscur sorcier.
Quand survient le Bug Général : une panne d’électricité. Accident ? Sabotage ? Elio et Greg quittent leur refuge virtuel pour explorer la ville plongée dans l’obscurité.  Commencent une épopée faite d’aventures et de rencontres où les frontières entre le réel, le jeu et le rêve se brouillent, ouvrant des possibilités d’actions collectives inattendues.


Extrait 1

Mettons que vous vous appeliez Élio. Vous avez quatorze ans. Vous vivez seul avec votre père en banlieue dans un petit pavillon de deux étages. Vous venez de rentrer du collège. Vous avez jeté négligemment votre sac sans l’ouvrir dans le hall d’entrée. Vous vous installez dans le salon. Ou peut-être dans la chambre à l’étage. Mettons que vous alliez plutôt dans la chambre. Votre père n’est pas encore rentré du travail. C’est vendredi. La semaine est finie. Le week-end est pour vous une libération, une plage de temps immense qui s’ouvre loin des angoisses du collège. Vous allumez votre console. Vous prenez la manette. Vous mettez un casque de réalité virtuelle et vous lancez LE SORCIER DE ZURITA. Le monde du dehors disparaît. Musique. Écran noir. Chargement.

*

La première image, c’est l’océan depuis le sommet d’une falaise. Il fait beau. C’est le matin. Des oiseaux blancs volent dans l’immensité. Vous regardez autour de vous. Vous vous mettez en marche. Vous êtes Alma. Une magicienne qui, dans un Moyen-Âge indéterminé, voyage de village en village, de royaume en royaume. Vous marchez le long d’un chemin de pierre qui descend vers de grandes plages blanches. Vous arrivez à l’entrée d’un petit village. Un groupe d’habitants est là. Ils vous attendaient. Vous lisez la crainte, la peur et la fatigue dans leurs yeux. Vous entrez dans le village. Il y a des feux allumés, des carcasses d’animaux morts sur des bûchers. Des hommes en armes le visage couvert de cendres sont postés ici et là, comme s’ils redoutaient une attaque. On vous conduit à la salle du conseil au centre du village. On vous invite à vous asseoir.   « Dites-moi ce qu’il se passe. Parlez. Que puis-je faire pour vous ? »

 

GAME PLAY

Dans la salle du conseil du village de Zurita

LE CHOEUR DE ZURITA
Nous sommes les habitants et habitantes du village de Zurita
Nous habitons au bord de cet océan depuis toujours
Toujours nous avons vécu ici
À l’écart de la violence et de la guerre
Sois la bienvenue Alma

ALMA
Pourquoi avez-vous l’air si triste ?
Pourquoi ces visages anxieux et fatigués ?
Ces visages gris et sinistres ?

LE CHŒUR DE ZURITA
Oh Alma
Comment te raconter Alma ?
Par quoi commencer Alma ?

ALMA
Par le commencement

[…]

 

Extrait 2

–  Je n’ai jamais dit qu’il fallait faire grève.
– Qu’avez-vous dit alors ?
– Que la grève était un droit.
– Je ne suis pas sûr de bien comprendre la différence.
– Je n’ai pas appelé à la grève. J’ai simplement dit qu’elle faisait partie du droit du travail.
– Vous ne pensez pas que cela revient au même ?
– Ne faites pas trop l’intelligent avec nous, monsieur Moresco.
– Je ne comprends pas ce que l’on me reproche.
– Vous avez eu des activités syndicales.
– Ce n’est plus le cas aujourd’hui.
– Mais vous en avez eu.
– J’ai arrêté depuis plusieurs années.
– Pourquoi parliez-vous de la grève ?
– Nous étions en pause. En train de boire un café. Certains disaient que la grève était illégale.
– Qui a lancé le sujet ?
– Nous évoquions l’actualité du blocage du port par les dockers et l’un de nous a dit que c’était illégal de bloquer ainsi l’arrivée et le départ des navires, la libre circulation des biens et des marchandises, et c’est là que j’ai dit non.
– Vous avez dit non ?
– Que ce n’était pas illégal. Que la grève faisait partie du droit du travail et que les dockers ne faisaient rien de pénalement répréhensible et que l’on soit d’accord ou non avec leur mouvement, ils exerçaient simplement leur droit de grève.
– Soutenez-vous la grève des dockers ?
– Non.

[…]